epiphyte  21-Apr-2021 16:18  5  689 lectures
Plume sensible à ménager

G.C.

Je suis un gros con.
Oui, je sais, un gros con qui écrirait un texte, ça paraît invraisemblable, et à la rigueur, un type qui voudrait passer pour un gros con en commençant son texte ainsi, ça devrait faire fuir le lectorat sans habitude des désirs du quotidien d’autrui.
Mais la rigueur, je m’en tape puisque je suis un gros con, le mot n’est captieux que si l’auteur le souhaite.
Vous me suivez ?
Je n’écris que pour ceux qui me suivent, pourtant du con ou du con qui le suit, lequel est le plus con des deux ?
Je me pose des questions.
Le con ne sait jamais répondre.
Ou alors du poncif.
De l’ordinaire.
Allez, patron, un ordinaire, comme dans toutes ces chansons sans saveur qui font danser le quotidien d’autrui.
Ne lui fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on…
Qu’on… qu'on ?
Mais quand on est un gros con…
Bien sûr, l’érudit pond ses mots au gré de ses envies en éludant le sens à toute mièvrerie qu’il ose bien commettre au regard de chacun pourvu que ces regards se posent sur le sien.
Mais le leurre est le propre de l’homme, et je ne suis qu’un homme.
Sans rire sale.
Sans personne.
Le gros con est un être anonyme qui se fond malgré lui dans la foule, mais vous pouvez le repérer si vous n’en êtes pas. Ce dont je doute, en gros con qui se respecte.
D’où, probablement, cette vanité candide qui force le maniement du mot à l’obséquiosité feinte du lecteur affamé.
Rions un peu, cela vaut un steak.
Bordel de merde.
Oui, le gros con use du gros mot à sa grossière existence, je l’admets grossièrement.
J’en suis, je l’admets aussi, volontiers.
Que n’admettrait-on pas pour se faire suivre.
Demandez à Jésus.
Ceci dit, si cela devait durer quelques milliers d’années et rapporter à mes descendants plus de fric que ne pourra jamais en offrir à mes gosses la Française des Jeux même en remportant le super Loto du vendredi 13, je serais tenté d’accepter l’offre. Comme au bon génie de la lampe, je pourrais même devenir intelligent le temps de répondre au premier de mes trois vœux que j’exige qu’on puisse exaucer tous mes vœux sans avoir à user du nombre comme les banquiers le font si bien en cette période de crise.
Merde, relisez Desproges, et arrêtez de me croire sur parole.
La guerre, la libération, le coiffeur.
Et le gros con dont on n’ose jamais vraiment parler sans masque, hormis s’il ose ôter le sien.
Je vous rassure tout de suite, on ne devient pas gros con par hasard, il y a les circonstances, atténuantes ou non, et bien sûr la personnalité, l’éducation, le savoir, la culture, l’intelligence, la beauté… et si vous êtes quelqu’un possédant toutes ces qualités, nous sommes faits pour nous rencontrer, c’est d’ailleurs pour cela que je me suis inscris sur ce site de rencontres où les femmes ont l’air aussi lascives que la moindre star de film réservé aux moins de 18 ans, mais se plaignent sans cesse de ne rencontrer que des hommes avides de ressembler aux stars masculines desdits films. Si vous n’êtes pas de ceux-là, nous devrions nous rencontrer autour d’un verre, et il faudra boire le votre très vite pour vous éviter la souffrance de n’avoir rencontré qu’un gros con de plus.
Non, on ne devient pas gros con par hasard, le gros con se moule au fil du temps, sur les choix d’autrui, sur les obligations du monde, sur les désirs indicibles du prochain désabusé, et quand vous vous laissez aller à tout cela, alors, enfin, vous vous sentez bien, sans aucun besoin du mot ou de toute autre utopie péremptoire, et vous pouvez écrire, sans aucune mièvrerie, avec ces tripes qui s’écharpent au moindre sentiment, avec cette saveur singulière du jour nouveau qui s’effrite loin des doutes du monde, loin des larmes du cœur, loin du loin que l’on pose sans cesse sur chacun de nos regards.
Le gros con a cette lucidité inconsciente que l’on espère tous un jour, il m’a fallu plus de temps pour m’en rendre compte que pour y adhérer. Mais me voilà enfin serein, et je peux dompter le mot là où vous échouerez sans cesse.
Un jour je me suis mis à détester les gens de ne savoir s’aimer vraiment.
J’ai fini par leur ressembler.
Ils y ont cru au point de m’y faire croire moi-même.
Et loin du captieux sentiment de l’écrivain en herbe soucieux de maîtriser l’utopie, je me suis mis à écrire pour enfin le prouver.
Ce n’est qu’une introduction sans doute, puisque si le mot reste, la parole s’envole, et l’écrit aussi…
Ne restent que les gros cons, j’y reviendrai peut-être un jour.
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Ayato
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 Re : G.C.

Un plaisir de lire ce texte aux tonalités rythmés et à l'essence provocante. Moi aussi parfois, j'ai envie de me taper la tête contre les murs. Un florilège de jeux de mots et d'allitérations qui est loin de me déplaire, tant sur le fond que sur le contenu. Finalement ce qui est intéressant, c'est que la prose est poétique, sans être un poème. Mais presque, quand même. Merci.
Publié 21-04-2021 20:18
 
Hécate
  • Dictatrice littéraire
  • Dictatrice littéraire

 Re : G.C.

C'est drôle comme il y a des passages qui sonnent clairement comme ce que je me rappelais de ta plume.
Des phrases de haute voltige riches et phylosophiques (et en 12 syllabes :D) :
"Bien sûr, l’érudit pond ses mots au gré de ses envies en éludant le sens à toute mièvrerie qu’il ose bien commettre au regard de chacun pourvu que ces regards se posent sur le sien."
Et des trucs archi poétiques :
"et vous pouvez écrire, sans aucune mièvrerie, avec ces tripes qui s’écharpent au moindre sentiment, avec cette saveur singulière du jour nouveau qui s’effrite loin des doutes du monde, loin des larmes du cœur, loin du loin que l’on pose sans cesse sur chacun de nos regards."

Et pourtant je ne me rappelais pas de ce côté brut, cru et bien plus simpliste qu'on retrouve dans d'autres phrases.

C'est un peu comme si une partie du texte était mise au niveau des "cons" pour qu'ils comprennent alors que le reste leur serait rendu innaccessible par une éloquence hors de leur atteinte.
Finalement, ça pourrait être la forme idéale pour servir le fond. Puisque tu nous dits, si j'ai bien compris, que tu n'es qu'un gros con qui nous leurre avec sa verve?
Ou alors j'ai rien compris, mais comme je suis un peu con, aussi, ça se comprend !

Kissouilles
Publié 23-04-2021 12:53
 
Geho
  • Auteur d’OR
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 Re : G.C.

on se fait passer comme un gros con mais cela ne leurre personne. C'est un déguisement de carnaval , un dérisoire voilant un discours con-struit. Merci pour ce morceau de bravoure . Un con ditionnellement réjoui.
Publié 23-04-2021 22:26
 
Filo
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 Re : G.C.

Je me suis délecté de ce texte dont l'insubtilité tacitement prétendue n'est qu'un leurre pour nous asséner de la poésie en prose, généreuse et amusante en plus.
En commençant ma lecture, je n'ai pu m'empêcher de penser à la nouvelle "Je suis un homme ridicule" de Dostoïevski.
Content de te recroiser après tout ce temps.
Publié 29-04-2021 05:17
 
epiphyte
  • Auteur d’OR
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 Re : G.C.

Merci pour vos commentaires.
Je crois avoir toujours mélangé poésie et crudité, avec plus ou moins de bonheur.
Je crois, cela veut donc dire que je n'en sais rien.

Ce que je sais, c'est que je n'écris plus beaucoup.
Merci Hecate pour cet espace qui pourrait m'en redonner l'envie.

Filo, quand je pense que nous avons une amie commune sur FB, et que nous ne le sommes pas nous-mêmes...
Il me semble que la dernière fois que nous nous sommes vus, nous avions bu un verre et partagé un dîner dans un appartement privé sur Paris, et je garde un bon souvenir de cette soirée !
Plus de dix ans je pense !

Cela fait plaisir de revoir des gens ici, mais la nostalgie, ne serait-ce pas pour les vieux cons ?
Mince, me voilà donc de ceux-là
Publié 30-04-2021 15:11
 
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